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19 janv. 2009

fatale conférence de Manos Hadjidakis, 1949

"le rembetiko, c'est indubitable, nous a désormais imposé sa force, de façon plus ou moins positive ou négative, que nous l'admettions ou non, tandis qu'en même temps on voit se former autour de lui un phénomène de mode, superficiel, qui nous fait réagir à juste titre et qui nous fait douter de la qualité d'une évolution future du genre ( je pose ici sa valeur comme une donnée incontestable.) Chez nous comme ailleurs, tout passe par cette phase que l'on appelle la mode. Notre chanson traditionnelle n'y a pas échappé, voilà cinquante ans, quand a fleuri le mouvements des défenseurs de la langue démotique. Et le même phénomène s'est produit il y a deux ans avec la peinture populaire, quand Théophilos et Panayis Zographos étaient présentés sur le même plan que Hadzikyriakos-Ghikas.
Qui pourrait mettre fin à telle situation et peut-être aussi nier la nécessité de cette phase de mode jusqu'à ce que les choses se tassent et retrouvent leur place naturelle ? C'est ce à quoi nous devrions nous attendre en ce qui concerne le rembetiko.
il serait plutôt absurde de croire que le hassapiko peut essayer de remplacer le tango. Ces rythmes populaires ont plus qu'il ne faut pour occuper les heures de nos soirées de réjouissances, indépendamment du fait que cette caractéristique s'impose et prédomine dans les classes populaires.
Que l'on veuille par conséquent nier la réalité de son propre pays, et l'on ne pourra que s'en repentir un jour ... Les temps sont difficiles et nos chansons populaires, qui ne sont pas faites par des gens de la fugue et du contrepoint et ne se préoccupent guère d'épures et de parures improvisées, chantent la vérité et rien que la vérité.
Notre époque n'est ni héroïque ni épique et la fin de la Deuxième Guerre mondiale a laissé presque tous les problèmes en suspens. Ces problèmes provoquent des interrogations qui ne se limitent pas seulement au domaine de la politique et de la sociologie mais s'étendent avec la même vigueur à la philosophie. Et à l'art ; même dans les instants les plus quotidiens.
Notre pays en outre, poursuit, avec presque sans interruption, avec foi et obstination, une guerre pour la victoire finale, toujours pénible et douloureuse, particulièrement de nos jours. Songez donc, dans ces conditions impitoyables, au caractère virginal de notre peuple. J'emploie le terme "virginal" parce que cent ans seulement de liberté n'ont pu le mûrir ni lui laisser la possibilité de voir s'enraciner en lui les derniers courants européens. Imaginez alors toute cette vitalité amoncelée et cette beauté aussi, d'un peuple comme le nôtre, qui cherche une issue, une expression, un contact avec le monde extérieur et qui affronte les marques distinctives de l'époque. Et songez aussi aux conditions particulièrement difficiles de notre pays. La vitalité se consume, le tempérament s'affaiblit, la beauté demeure. C'est cela le rembetiko. Et c'est là que sa thématique prend sa source.
Un érotisme insatisfait mais intense, dont précisément l'intensité impose un caractère universel et une impérieuse disposition à fuir la réalité par quelque moyen que ce soit, dont l'usage démontre la passion de la classe qui en use.
Le rembetiko réussit avec une admirable unité à accorder le discours, la parole et le mouvement. Depuis la composition jusqu'à l'exécution, se créent avec instinct les conditions de cette triple coexistence expressive, qui parfois, lorsqu'elle parvient aux limites de la perfection, rappelle dans sa forme la tragédie antique. Non que la chanson traditionnelle n'ait pas elle aussi transmis des éléments au rembetiko. Mais bien moins. Sa présence est intense, particulièrement dans le genre plus léger, caractérisé davantage par une grâce qui rappelle les chansons des îles. Je donnerai pour exemple “prends la barque sur le port, là-bas à Passalimani”, ainsi que la célèbre “capitaine Andréas Zepos.” Elles portent toutes deux le sceau très net de la chanson traditionnelle.
(...) Là le zeïbekiko a entièrement perdu sa ligne directrice originelle et rythmée et il est devenu lent, pesant, traînant, plus contenu. Il est exécuté par un seul danseur et il admet une incroyable variété d'improvisations avec pour seule donnée, le sens du rythme. Le bon danseur de zeïbekiko sera celui qui disposera du plus d'imagination et de la variété de figures la plus adaptée, de façon à ne pas laisser la moindre note de bouzouki sans l'accorder au mouvement du corps correspondant. C'est la danse la plus difficile et la plus dramatique dans son expression.
Le hassapiko s'appuie sur un rythme 4/4 et la façon de le danser – à deux danseurs le plus souvent, mais parfois à trois ou quatre – ressemble à une extension de la danse populaire, avec un soupçon de l'influence européenne. Le zeïbekiko est le rythme contemporain le plus purement grec qui soit. Le hassapiko quant à lui a assimilé une originalité toute grecque. C'est sur ces rythmes là que se construit le chant du rembetiko, dans lequel on distingue nettement, en observant la ligne mélodique, l'influence ou plus exactement la continuité du chant byzantin. Non seulement en examinant les graduations qui grâce à l'instinct des musiciens populaires demeurent inchangées, mais aussi en observant les chutes, les espaces et le type d'exécution. Toutes choses qui dévoilent la source, laquelle n'est autre que le cantique byzantin austère et dépouillé.”

Traduction de I. Tloupas, pour le numéro double 18/19 de la revue Desmos.

6 sept. 2008

Markos Vamvakaris

Markos Vamvakaris ... un des plus célèbres rébètes né vers 1900, mort vers 1970, joueur de bouzouki talentueux, voix particulière, textes noirs - dont je proposerai bientôt quelques traductions -
pour en savoir plus, cliquer sur le titre de cet article ou sur le lien ci dessous. bonne lecture ... si vous lisez l'anglais !

http://www.spectacularopticals.com/MVA/MVAmain.html

pour la petite histoire quand le rebetiko a fait son entrée, chose des plus farfelues, dans le monde de la bourgeoisie grecque, Vamvakaris écrivit pour railler bourgeois - ainsi que tout ceux dont l'intéret croissait pour le rebetiko sans qu'il n'est nul lien avec le monde dont il est issu - le morceau appelé : "le bouzouki à Paris", ironie bien évidente ...
et en seconde histoire ... c'est le fait du compositeur Hadjidakis si le rebetiko est sorti des bas fonds et des bacs des disquaires américains ( beaucoup de musiciens y séjournaient en raison de la forte immigration grecque en cette direction ) , et ce par une conférence donnée dans les années 50, louant toute la grécité du genre, ancrée dans une tradition purement grecque, et méritant à ce titre d'être connue et appréciée à sa juste valeur. il ne manque plus que deux cordes de plus au bouzouki et une queue éléctrique, et bientôt, le rebetiko mourra pour de bon ...

23 juin 2007

la mort du trichorde ...

Avant de vous dire késako le rébétiko, voici ce qui n'en est pas ...
Il était une fois Manolis Hiotis ... bah ... qu'a t'il donc fait celui là ? Et bien il eu la "grande" idée de faire de l'emblème du rébétiko - le bouzouki, instrument à cordes, six cordes couplée par 2 et généralement accordé en Ré, La, Ré - un instrument à huit cordes. Résultat : on peut en jouer avec les accords d'une guitare. Jusque là, pourquoi pas ... ma foi ... mais il ajouta surtout une queue au bouzouki, une queue éléctrique ... et là, ce fut le drame. Je vous conseille d'écouter un morceaux de Hiotis ( facilement téléchageable sur Emule ) et de le comparer à un morceau de Markos Vamvarakis ( exemple : ta matokladha sou lampoun ) et vous comprendrez vite le problème. Notons que cet outrage fut commis dans les années cinquante, à l'époque le rébétiko n'était déjà plus au mieux de sa forme, et Hiotis n'aida absolument pas à ce que le rébétiko reste ce qu'il fut ( car il ne l'était déjà plus ... )
En Grèce, on trouve un mouvement de déchiotification et de dététrachordification ... voici l'adresse :


http://dechiotification.rebetiko.org/

l'explication d'un Grec

Juste pour aiguiller , sans me fouler je l'avoue, sur une première piste le lecteur, voici un lien qui l'emmènera vers l'explicationd'un natif Grec, joueur de musiques traditionnelles et de rébétiko.

- au passage, il s'agit du très bon site du CMTRA ( centre des musiques traditionnelles en Rhône Alpes )

Bonne lecture

http://www.cmtra.org/spip.php?article103